Au moment où de nombreux Français voient leur quotidien bouleversé par le développement d’une grave sécheresse, l’Association UFC-Que choisir a décidé de rendre publics des travaux essentiellement destinés à faire porter la responsabilité de la situation aux agriculteurs et à fustiger l’irrigation et la production de maïs. Jean-Michel Lemétayer, Président de la FNSEA, Christophe Terrain, Président de l‘Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM), et Daniel Martin, Président de l’AGPM IRRIGANTS, ont largement répondu à ces allégations à travers les médias. Mais au-delà et pour la clarté et l’objectivité des débats, il est apparu indispensable de rétablir certaines vérités.
L’irrigation n’est pas la cause de la sécheresse. Il ne faut pas lire les cartes à l’envers et inverser le rapport de cause à effet. La sécheresse n’est pas due à l’irrigation : à l’inverse, on irrigue pour palier à des situations de déficits hydriques, qui seront sans doute de plus en plus fréquents avec l’évolution climatique. Ce déficit hydrique est observé le plus souvent en été, et c’est vrai quasiment tous les étés, certaines années d’une manière plus forte, comme en 2005 ou 2003.
Il est donc tout à fait logique que l’irrigation soit plus pratiquée dans le sud de la France ou le Centre-Ouest que dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Normandie.
Les premières victimes de la sécheresse sont les agriculteurs, pas les consommateurs. Le premier robinet qu’un Préfet arrête, c’est celui de l’irrigant, pas celui du consommateur, toujours prioritaire. C’est pourquoi aujourd’hui des centaines de milliers d’hectares d’herbe et de cultures souffrent de la sécheresse et des situations dramatiques sont vécues par les agriculteurs. Pour le maïs, les prévisions de récolte laissent prévoir des baisses de récolte de 15 à 20 % au niveau national. Dans le cadre de l’aménagement du territoire et du développement durable, l’irrigation, technique pratiquée depuis l’Antiquité, permet de stabiliser une agriculture et un tissu rural dans des régions déjà handicapées par un climat déficitaire en été. Les agriculteurs payent l’eau.
Il est abusif de comparer le prix de l’eau du robinet et celui facturé aux irrigants puisque ce n’est pas la même eau : l’eau utilisée par les agriculteurs est une eau brute, non traitée.
Au robinet, le coût reflète plusieurs services : - celui de son captage, - celui de sa mise aux normes sanitaires pour la rendre potable, - celui de son transport jusqu’aux particuliers, …
Le prix de l’eau facturé aux irrigants ne nécessite aucune prestation. Que dirait un citoyen, ayant un ruisseau dans son jardin, s’il était obligé de payer l’eau qu’il utilise pour arroser sa pelouse ? C’est pourtant ce qui se passe en agriculture.
Un agriculteur, qu’il prélève l’eau dans une rivière, dans une nappe, ou qu’il la stocke l’hiver pour l’utiliser l’été, paie l’eau qu’il consomme, relevé de compteur à l’appui. (Taux d’équipement des irrigants en compteur : 100 %).
Une idée fausse : l’eau est moins chère là où on irrigue beaucoup.
La comparaison faite par UFC-Que Choisir de la redevance Adour-Garonne à celle d’Artois-Picardie repose sur des chiffres faux : l’eau dans le premier cas n’y est pas 4 ou 5 fois moins chère.
La réalité est toute autre : pour un agriculteur, prélever une eau en rivière, cas le plus fréquent en Adour-Garonne, coûte 3 fois plus qu’en Artois-Picardie (redevance de 0,43 centimes d’euro/m3 contre 0,16 centimes d’euro/m3).
D’une manière plus générale, il y a beaucoup plus de disparité dans le prix de l’eau potable au robinet qu’en agriculture et ce indépendamment de l’eau consommée.
Ensuite, le soi-disant prix trop faible de la redevance payé par les agriculteurs n’est pas celui de l’eau rendue à la plante : un coût supplémentaire doit être ajouté (pompe + énergie) pour que l’eau soit amenée au champ. Ainsi, si la redevance coûte par exemple en Adour-Garonne 14 €/ha (2 000 m3), le coût de l’eau peut s’élever selon la situation de 5 à 10 fois plus rendu à la parcelle.
Le maïs a besoin d’eau : normal, c’est une plante ! Le maïs est une culture qui nécessite plutôt moins d’eau qu’une autre mais qui concentre ses besoins en période estivale. Pour produire 1 kilo de maïs, il faut 450 litres d’eau. Mais c’est une des plantes les plus efficientes pour la valorisation de l’eau. La plupart des autres plantes ou arbres en consomment plus pour croître et fabriquer leur matière sèche (590 litres d’eau pour produire 1 kilo de blé ou de pomme de terre).
Le maïs est une culture d’été. Elle est pratiquée dans les régions suffisamment chaudes de la moitié sud de la France et en Alsace, et donc à risque de pénurie d’eau. Elle assure à toute une filière une matière première indispensable à la production de produits de qualité (canards gras, poulets label, bovins, porcins en IGP…).
Le maïs n’est plus la culture majoritairement irriguée en France.
En 2005, les producteurs ont d’eux-mêmes diminué les surfaces de maïs irrigué, parce que l’eau faisait déjà défaut au moment des semis. Il y a environ 820 000 hectares de maïs irrigué en 2005 (stabilité depuis 10 ans) pour un total de surfaces irriguées estimé à plus de 1,9 million d’hectares : l’irrigation est indispensable à bien d’autres cultures que le maïs : vergers, légumes, fleurs… Seuls 5,7% de la surface agricole sont irrigués en France.
Le mais irrigué est soutenu dans le cadre de la PAC au même titre que les autres productions végétales.
Comme toutes les autres productions végétales, mais aussi les productions bovines et laitières, le maïs irrigué bénéficie d’aides européennes depuis 1992, date où l’Union Européenne les a instaurées pour compenser une baisse des prix de 50 % qu’elle avait imposée. Les surfaces de maïs irrigué sont stables depuis cette réforme de la PAC.
Au regard des rendements historiques utilisés il y a 12 ans pour calculer ces aides, le maïs irrigué n’est pas plus aidé qu’une culture sèche.
Il est aussi abusif de comparer l’aide d’un hectare irrigué avec celle d’un hectare d’herbe car l’herbe est faite pour nourrir des animaux, en général des bovins, qui eux touchent des aides : ainsi, ramené à l’hectare, l’écart se réduit fortement.
Des solutions existent : stocker l’eau en hiver pour l’utiliser en été.
Il faut préparer l’avenir. Le réchauffement de la planète est devenue une évidence et l’eau continuera de tomber, mais beaucoup plus irrégulièrement. La France ne manque pas d’eau : seul 1 % de l’eau de pluie est utilisé en France. Il tombe 175 milliards de m3 de pluies efficaces sur la France chaque année, dont 33 milliards sont prélevés au total, alors que 70 milliards de m3 d’eau s’écoulent chaque année de notre territoire vers la mer en période de crues !
L’irrigation prélève 4,5 milliards de m3 d’eau, dont 2,8 sont consommés par les plantes et 1,7 immédiatement restitués au milieu.
Si une meilleure gestion de l’eau d’irrigation et la possibilité de recourir à des cultures alternatives sont des pistes de réflexion, le stockage de l’eau s’imposera pour rééquilibrer les caprices du temps.
Comme en Italie ou en Espagne, la France devrait se doter sans délai d’un plan national de stockage de l’eau, comme elle l’a fait pour les biocarburants face à la crise pétrolière. De plus, contrairement aux affirmations d’UFC-Que Choisir, le stockage ne passe pas que par des « grands barrages » mais aussi par des retenues de substitution à échelle humaine.
TROP, C’EST TROP ! Une nouvelle fois, les paysans se retrouvent accusés d’être les responsables de problèmes écologiques ou environnementaux. Il est temps de cesser cette chasse au « bouc émissaire » : les agriculteurs sont des citoyens à part entière qui ont toujours démontré leur sens de civisme, de solidarité et de respect de la nature dont ils sont les principaux partenaires. Ne nous trompons pas : c’est ensemble que nous devons relever les défis auxquels sont confrontés notre planète, notre mode de vie, l’avenir de nos enfants. Ce combat est celui de tous : que chacun puisse y participer dans un respect mutuel en acceptant les efforts qui sont à réaliser. Il n’y a pas de leçons à donner, il y a des devoirs à accepter sans travestir une réalité pour permettre à certains de s’exonérer de leurs obligations. Contacts : AGPM : Béatrice GUENEBEAUD – 01 44 31 10 96 FNSEA : Arnaud LEMOINE – 01 53 83 47 90